De ejus plenitudine - Où l'on vit un dimanche radieux
24h de la vie d'un mondain

on cher journal,
Ce dimanche de Quasimodo fut une journée radieuse, les horreurs de la guerre de Succession d'Espagne paraissaient pour une fois bien loin.
Au sortir des Grands Augustins, Monsieur Charpentier donnait une réception fastueuse dans les jardins de l'Hôtel de Guise. Le prétexte était l'inauguration de la nouvelle fontaine qui en fait désormais l'agrément principal. L'honneur d'en couper le ruban revint à Louis Antoine de Saint-Vincent, vicomte de Beauregard, gentilhomme lyonnais, assisté par Valmont sous l'œil attendri d'Angélique, de Danican-Philidor & de Grandpuys. Le vin coula à flot (tout comme le fromage) & l'hospitalité légendaire de l'hôtel de Guise devint une réalité pour mes amis.
Après avoir passé l'après-midi dans les joies des plus aimables conversations, Monsieur de Beauregard pria Monsieur Danican-Philidor d'improviser les antiennes au hautbois au cours des vêpres pascales des Petits Augustins. Philidor, avec la plus exquise politesse, s'empressa de répondre favorablement à cette requête. Pourtant la modestie des Petits Augustins dû lui paraître bien affreuse au regard de la Chapelle royale dont il est ordinaire.
Vêpres étant dites, je me rendis à Versailles pour le grand bal paré de la Cour.
Celui-ci fut des plus brillants, comme je m'y attendais, par la qualité des gentilshommes que j'y retrouvais. Comme il n'y avait pas la presse habituelle, on pouvait donc y respirer, en dépit des premières chaleurs.
L'Administration des Menus Plaisirs s'était surpassée tant les décors étaient grandioses. La musique fut de qualité, les meilleurs ordinaires de la Chambre du Roi jouant fort tard dans la nuit sous la direction des principaux maîtres de musique du Royaume.
J'y fus accueilli par Maître Christophe Ballard, seul imprimeur du Roi pour la musique, qui me fit l'honneur de me présenter à un brillant auteur qu'il publie avec ferveur, Jean Galbert de Campistron. Monsieur de Campistron, de l'Académie française, est l'auteur de nombreux ouvrages tragiques qui ont les faveurs du public. Il est tout particulièrement connu pour être l'auteur d'Acis & Galatée, la musique étant de Lully. Il y a deux ans, Monsieur Ballard a publié son d'Alcide, la musique de Marin Marais & de Lully le fils.
Son Altesse Sérénissime la Princesse de Clèves fut l'attrait principal du bal, recevant les hommages de nombreux courtisans. Elle me fit l'honneur de sa conversation. J'aperçus aussi la Princesse douairière sa mère, Monsieur de Lancry, gentilhomme castillan, Monsieur Martin, ancien gouverneur de Pondicherry, Monsieur de Senoble, officier de la Bouche du Roi, le Marquis de Tavistock, fils de Sa Grâce le duc de Bedford.
Je fus heureux de faire plus ample connaissance avec Louis Pierre d'Hozier, chevalier des Ordres de Saint-Lazare & du Mont-Carmel, neveu du juge d'armes de France & son futur survivancier, un jeune gentilhomme exquis & plein d'esprit, qui promet beaucoup.
Monsieur de Cuvillier du Val d'Ailly, intéressé dans les affaires de la Compagnie des Indes Orientales, me tint un discours d'une profondeur que j'appréciais beaucoup, tout comme Monsieur de Ségurane de Pilou, gentilhomme du comté de Nice.
Constant de Sermisy, médecin de Roi & portraitiste de talent, vint tard soulager quelques gentilshommes qui paraissaient avoir quelque peu abusé des vins de Champagne & de Bordeaux.
Nicolas Boileau des Préaux, de l'Académie française, n'était point à ce bal paré, propre à ne lui inspirer que des satires. Pourtant le législateur du Parnasse m'a adressé samedi un sonnet des plus émouvant. Il sera ici rassuré de savoir qu'aucun écrivaillon n'aura eu l'outrecuidance de m'offrir un dizain romanesque durant le bal.
Je dois te quitter cher journal, mes obligations de mondains ne sont pas éteintes.
Je dois retrouver ce soir chez mon cousin Fénelon Monsieur de Pompignan, gentilhomme créole passé à la R.P.R.
17/04/07 - 11:29
j'allai à vêpres moi aussi et vis que le cérémoniaire , qui recevra prochainement les ordres mineurs était un ancien camarade, un de ceux qui me disent souvent que je ne fais rien comme tout un chacun, faudra-t-il donc qu'à mon je prenne l'habit?
fnekar