
on cher journal,
Cela fait bien longtemps que je ne t’ai conté mes aventures.
Envoyé en mission une nouvelle fois par Monsieur le marquis de Torcy au cœur du Saint Empire Romain Germanique ravagé par la guerre, j’ai pu faire passer des instructions secrètes à certains des princes allemands fidèles à nos armes.
Le repos dont je jouis à cette heure en mon hôtel parisien ne sera que de très courte durée. Ce repos est toutefois illuminé par le présent que je viens de recevoir de Monsieur l’ambassadeur d’Espagne & qui ravit mon cœur : il s’agit du portrait de Sa Majesté le roi d’Espagne, tableau que voici, cher journal, & qui orne désormais mon grand salon :
N’est-il point admirable ?
Mes ancêtres se trouvent fort honorés d’être accrochés en compagnie d’un si grand & si bon prince, si digne petit fils de notre roi de France Louis le Grand.
Ce cadeau de Monsieur l’ambassadeur n’était point sans idée ni intérêt. Sa Majesté d’Espagne souhaite m’envoyer en mission en Nouvelle Grenade. Je n’ai guère hésité à répondre à une telle proposition, même si elle bouleversait l’ordre de mes charges & offices : les trésors fabuleux des Indes ont de tout temps exercés leurs profonds attraits sur mes rêveries.
Voilà, cher journal, j’embarquerai dans deux jours au Port-Louis de Bretagne sur le sénault du Roi Le Neptune, commandant de Lort de Sérignan. Si Dieu le veut, & si les cyclones brutaux, les fieffés anglais & les vils pirates des Antilles nous laissent passer, nous attendrons Carthagène en Nouvelle Grenade, où je dois rencontrer le Capitaine général de ce grand port. De là je dois gagner Lima, où le Vice-Roi du Pérou m’accordera audience. Ce dernier vient d'entrer en charge, il s'agit de Emmanuel de Oms & de Sainte Pau, marquis de Castelldosrius. Ma mission consistera principalement à observer les mines d’or & d’argent des Indes espagnoles & comprendre pourquoi les livraisons de ces minerais, si précieux pour soutenir la présente guerre, sont en diminution constante.
Face aux périls nombreux que j’aurai à affronter, je ne regrette point d’avoir fait mon testament cet hiver - il est du reste consigné ici même dans tes pages.
Mais, cher journal, ne trouves-tu pas toi aussi bien grisante cette nouvelle aventure en ces contrées lointaines, même si les mœurs y sont moins policées que chez nous, pour ne point dire sauvages ?
04/07/07 - 00:25
Vous nous avez manqué.
karedig